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Certaines
beautés confinent au vertige et au silence, en ceci
qu'elles sont fondées
sur un déséquilibre. Ce constat, le poète
Saint-Denys Garneau ne manque pas de l'observer, lui qui fut
tendu vers l'unité de
« ses morceaux ». Par une résistance au
temps, sa poésie trouve aujourd'hui et pour longtemps
des échos ou des réponses, des ouvertures qui
reconduisent les lecteurs à leur propre cheminement
intérieur. Car le trajet de poète et d'humain,
il l'a porté dans ses poèmes et dans sa vie.
Poévie pourrait-on écrire. Ses poèmes
sont en effet une recherche pour résoudre certaines
contradictions qui empêchent la coïncidence du
poème et de la vie, ils sont tous portés par
un déchirement intérieur qui crée cette
tension particulière entre l'Idéal et le Réel,
entre désir d'accomplissement et inachèvement,
et même honte de ce qui est accompli. Toute cette indécision
du fond qui fait de Saint-Denys Garneau une voix de notre
temps. Nous voyons cette poésie s'ouvrir encore aujourd'hui
jusqu'à plus faim. C'est que, nous éloignant
des circonstances, l'ampleur, l'étendue, la profondeur,
aussi bien que l'humaine simplicité de sa poésie
nous paraîssent plus évidents, comme si nous
prenions une nouvelle mesure de l'uvre. Notre lecture
continuera de changer, tant il est vrai que toute parole poétique
fondée génère ses propres métamorphoses
dans le temps.
Présentation
de Paul Bélanger
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